mercredi, mai 30, 2007

Joyeux Anniversaire Germaine !

Elle a 100 ans aujourd'hui.
Elle, c'est Germaine Tillon.
Je l'ai découverte il y a environ un an, à l'occasion d'une expo au Musée Dauphinois dont je suis sortie éberluée, secouée, remontée.

Imaginez un peu : on est dans les années 30, jeune ethnologue, elle part en Algérie, dans les Aurès, étudier les nomades Shaoui.
Au tout début de la guerre, elle rentre en résistance dans le réseau Musée de l'Homme, arrêtée avec sa mère sur dénonciation, elle est déportée à Ravensbrück en 1943. Elle y survit près de deux ans, comme cantonnière, non sans faire écrire à ses co-détenues une opérette (!) sur la vie au camp et analyser le fonctionnement de celui-ci.
A son retour en France, elle écrit, elle témoigne, puis elle repart en Algérie, où elle se battra pour améliorer la conditions des femmes. De retour en France, elle institue l'enseignement dans les prisons françaises.

Germaine est toujours là.
Germaine a 100 ans.

Imaginez ce qu'elle ferait si elle pouvait en vivre 200 !

Imaginez ce que pourrait être le monde si on essayait tous d'être un peu Germaine, des fois !

lundi, mai 14, 2007

Pour les lundi

1999:26 - La boucle

Certains sont bloqués par une année de trop. Trop plein. Trop de douleur.
Moi, c'est l'année de moins. Trop vide. Et je plonge, et je n'écris plus.
J'ai un peu honte. De me laisser arrêter, comme ça, pour rien.

Ce n'est d'ailleurs qu'une sensation, une légende personnelle.
Il s'est passé plein de choses cette année-là.
C'est moi, qui n'étais plus là.
Je revois comme dans un cauchemar cet appartement si beau que j'ai eu envie de quitter tout de suite, comme tous les autres, avec toi.
Je me revois terrorisée, de retour dans une salle de classe, comme en adolescence.
Je me revois écroulée par terre, dans le couloir de la fac, ma mère au téléphone m'annonçant la mort de la chienne que nous avons tant aimée.

Et puis je me vois, fière comme une gamine qui vient de faire le poirier, écrire ma première boucle for, celle de mon premier programme informatique.

samedi, mars 10, 2007

Laisse, va

La consigne, c'était fastoche.
Sortir des halles, beaucoup moins.

L'air libre est enfumé.
De pimpants pompiers discutent le bout de gras sur la place, en tenue proprette à lignes fluos, casques rutillants, étiquetés "Pompiers de Paris".
La grande échelle est déployée, le toit n'est plus là, le mur non plus, je vois chez les gens.
Je n'y crois pas.

Je cherche la bibliothèque un moment et je me retrouve dans une immense queue. J'attends. Ca faisait longtemps que j'attendais ça.
J'ai tant de temps, sûrement. Qu'en faire ?
T'appeler, bien sûr, mais ensuite quoi ?
Je n'ai pas envie de parler à mon voisin enseveli dans son casque audio.
Je trifouille dans mon sac et j'en sors Anne Sylvestre.
J'apprends.

Je chante.

D'un coup, la queue se déroule et je passe le portillon.
A l'entrée, j'hésite, me dirige vers l'accueil où une dame me tend un ticket.
Je le prends, dis merci, à la dame.
C'est un accès Internet. Tiens ?

Bon.
Alors me voilà.

Mais les toilettes, c'est où, Madame ?

jeudi, mars 08, 2007

Drôlement magnifique

Les Ecrans de Libé me font souvent découvrir des sites intéressants.
Aujourd'hui, c'est une perle.
Une de ces créations qui fait sourire les larmes.

Ca s'appelle Coiffure pour dames.
Un photographe, Fabrice Guyot, a saisi, d'un oeil drôle et tendre, le rituel coiffure de ces dames.

Ca me fait penser à Suzanne, ma grand-mère chérie, qui se fait pomponner tous les mois chez Louisette et qui, à 92 ans, en fait tout juste 75.
La permanente impeccable et le verbe haut, elle m'engueule toujours, "tu me fais honte, avec ces cheveux qui ne ressemblent à rien !"
C'est tout un budget. Tout un cérémonial aussi. Ma mère la dépose, ou la fille de Louisette, passe la prendre. Suzanne y passe l'après-midi.
Elle revient épuisée, mais fière : "Qu'est-ce que tu penses de ma couleur ? Louisette m'a bien réussie aujourd'hui !".

La coquetterie et les mots, c'est un peu tout ce qu'il lui reste.
Elle se sent si inutile, si dépendante.
Elle ne supporte pas.
92 ans, c'est beau, mais pour qui ?

Alors je lui demande un massage des pieds.
Et je lui épile le menton.

Je l'aime.
Elle m'aime.

Mais est-ce que ça suffit, à 500 km de distance ?

mardi, mars 06, 2007

2000:27 - Off-site

C'est mon premier jour.
Je me suis habillée chouette, pas trop classe, mais élégant.
Je suis un peu angoissée, je veux faire bonne impression.
J'arrive pile à 9h15, pas trop tôt, mais pas en retard.

Tout le monde est guilleret, détendu.
Mal fagoté.
On me regarde en rigolant discrètement.

Mon chef surgit dans la cafétéria et me lance "Alors, t'es prête pour le off-site ?".
The quoi ?

Ben oui, quoi, aujourd'hui, on sort, on t'avais pas dit ?
T'as de la chance de commencer par un off-site !


Quelques heures plus tard, je suis suspendue dans les arbres en bleu de travail moulant et baudrier, terrorisée et suant comme un âne.

Déjà, j'étais arrivée à l'école en pantoufles.