vendredi, décembre 12, 2008

Tentation

Plic
Gouttes de moi
Sur ton imperméable.

dimanche, octobre 19, 2008

vendredi, octobre 10, 2008

Elle et moi

Je suis sur un coussin bleu en forme de fleur
sur un vélo rouge,
et toi, tu pédales,
tu pédales.

Je connais les Iles par coeur,
vues de derrière toi.

Je suis assise dans un coin,
à la bibliothèque,
à lire des BD,
tu te marres avec quelqu'un,
tu parles trop fort,
j'ai un peu honte,
puis tu m'engueules,
il faut ranger les retours.

J'ai les livres au coeur
malgré moi.

Je prépare mon brevet,
j'ai un peu peur.
Tu fais les dictées de ma mère avec moi,
en riant aux éclats !

Les mots sont mon coeur
de métier,
tu me les as fait rire,
pour les avaler.

Nous sommes assises,
chacune d'un côté de la table de ta cuisine,
nous pleurons de rire.
Tu adorais Mademoiselle Lelonbec,
la moumoute dans le bénitier,
France-soir devant et le Petit Echos de la Motte derrière.

J'aime Fernand Raynaud,
parce que tu en ris encore.

Je ne veux pas aller la voir,
elle joue mal.
Et puis je ne la connais même pas.
Tu t'en fous.
Elle lit beaucoup,
Tu me dis,
Va donc jouer au basket avec elle.

J'ai une amie de coeur,
tu l'as mise sur ma route.

Tu as toujours été là,
avec moi,
devant moi,
contre moi.

Je ne suis pas sûre que je pourrais,
sans toi.

Mon ancre à la vie.



Suzanne est morte le 10 juillet 2008.
Je n'y arrive toujours pas.

lundi, mai 05, 2008

Désobéir

Je me rappelle très bien ces résistants qui venaient à la maison.
Je me rappelle ces hommes et ces femmes qui savaient pourquoi ils s'étaient battus, pour quoi ils se battaient encore, pourquoi ils vivaient.
Contre quoi.

Je me rappelle aussi les bras décharnés, les yeux enfoncés.
Je me rappelle l'Affiche rouge.

Je me rappelle très bien m'être demandée, fugacement, si j'aurais été résistante et m'être dit, encore plus vite,
bien sûr,
évidemment.
Je le veux.

Mais j'ai aussi très tôt réalisé que la question n'est pas seulement de savoir ce qu'on voudrait être,
mais à quel moment on décide de le devenir.

A quel moment tout bascule.
A quel moment c'est tout simplement trop.

Ce qui fait basculer l'un ne fait pas forcément basculer l'autre.
Ce moment là est très personnel.
C'est à chacun de regarder en soi et de voir jusqu'où ça va
là-dedans.

Jusqu'où j'obéis,
jusqu'où je laisse faire.
Jusqu'où je suis fidèle à cette enfant que j'étais.


Ce matin, ils sont venus tôt, très tôt.
Ils ont pris un jeune couple,
puis une famille avec un enfant et la maman enceinte.
Ils les ont emmenés.
Demain, ils seront en Pologne,
après-demain, en Tchétchénie,

où leur vie ne vaut rien.


Que vaut la mienne, si je laisse faire ?

mardi, avril 29, 2008

Au revoir les enfants

Madame Zagaeva et ses deux enfants, Akraman (11 ans) et Linda (10 ans) étaient à Nancy depuis fin novembre.

Les enfants allaient à l'école et parlaient déjà bien français. Leur mère avait demandé une méthode Assimil, elle voulait apprendre, mais elle n'y arrivait pas aussi bien qu'elle aurait voulu. Elle avait tellement peur qu'elle avait du mal à se concentrer.

Je lui ai proposé de venir la voir pour l'aider, pour parler. Elle m'a raconté son quotidien, les enfants qui ont peur de recevoir des cadeaux, de parler aux autres, la peur, encore. Elle me parlait vite, les yeux pleins d'appels au secours. Et j'ai eu honte de moi. Honte de mon russe tellement rouillé que je ne trouvais pas les mots pour la rassurer, honte de ne pas toujours tout comprendre, de la faire répéter.
Honte de ne pas pouvoir lui dire que maintenant, elle était en sécurité.
Je l'ai prise dans mes bras et lui ai donné mon numéro de téléphone.

Hier matin, à 8h, elle emmenait les enfants à l'école, ou alors ils finissaient leur petit-déjeuner,.
Hier matin, à 8h, des policiers les ont arrêtés, mis dans une voiture et les ont conduits vers une destination inconnue, probablement la Belgique où leur demande d'asile a déjà été rejetée.

Ensuite, ce sera les camps polonais noyautés par les forces russes et le retour en Tchétchénie, où toute la famille a été tuée et où Akraman a été torturé.


En russe, expulser se dit "déportirovat".
C'est Madame Zagaeva qui me l'a appris.

mardi, avril 22, 2008

lundi, avril 21, 2008

Hormones

Depuis quelques jours, rien ne va plus.
Il faut dire que la conjoncture n'est pas très rieuse et qu'en outre, il fait un froid polaire, ici,
à 500 km au nord.

Je me sentais cependant un peu mieux ce matin.
J'écoutais d'une oreille distraite France Inter en buvant ma chicorée.
Ca parlait histoire, ça parlait enterrement d'un poête, ça parlait dignité, ça parlait responsabilité.
La femme du poête a dit quelque chose comme "Le Président S. ne s'est pas exprimé, ce qui est une bonne chose, il n'est pas connu comme étant particulièrement humaniste".
Ca m'a mis le sourire aux lèvres et un peu de pêche là où ça manquait.

Juste après, le journaliste l'a annoncé comme on fait la liste des courses.
Une mort passée un peu inaperçue dans tout ce vacarme.
Germaine Tillion.

100 ans de combat.
Et une liste des courses.

J'ai éclaté en sanglots.

Puis j'ai pensé à la femme du poête et je me suis dit que non, tout espoir n'était pas perdu.

Germaine est en nous.

J'espère,
encore.